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Fiqh · Méthodologie

Ibn Wahb : pourquoi l'accumulation des hadiths ne suffit pas

29 septembre 20264 min de lecture
Parole de l'imam Ibn Wahb sur la nécessité d'une méthode pour comprendre les hadiths, avec l'enseignement des imams Malik et Layth Ibn Sa'd
Tartib al-Madarik - volume 1, page 247

L'imam Ibn Wahb, l'imam Malik et l'imam Layth Ibn Sa'd comptent parmi les grandes figures des savants de l'islam. Ibn Wahb fut un immense transmetteur et juriste malékite, compagnon de l'imam Malik et l'un des grands relais de son enseignement. Son témoignage est particulièrement fort : il reconnaît, en tant que savant, avoir eu besoin de maîtres plus expérimentés pour ordonner son savoir.

L'imam Malik est l'un des plus grands imams de l'histoire de la jurisprudence. Il fut l'autorité majeure dont l'enseignement donna naissance à l'école malékite, avec une maîtrise exceptionnelle du hadith et du droit. L'imam Layth Ibn Sa'd fut lui aussi une immense autorité dans le droit et le hadith.

Si Allah ne m'avait pas sauvé grâce à l'imam Malik et l'imam Layth Ibn Sa'd, je me serais égaré. On lui demanda : « Comment cela ? » Il répondit : « J'avais énormément appris de hadiths, j'étais totalement perdu. Je les ai donc présentés à Malik et Layth, qui me disaient alors : “Garde celui-ci et délaisse celui-là.” »

L'imam Ibn WahbTartib al-Madarik - volume 1, page 247

La parole d'Ibn Wahb est profonde. Il explique qu'il avait énormément appris de hadiths, au point d'être totalement perdu. Comment peut-on être perdu avec autant de connaissances ? Parce que connaître des textes ne signifie pas automatiquement savoir les comprendre, les concilier, les hiérarchiser et en tirer correctement les enseignements.

C'est précisément ce que Malik et Layth lui ont apporté. Lorsqu'ils lui disent de garder ceci et de délaisser cela, ils lui enseignent que la science religieuse n'est pas une simple accumulation de textes. Elle nécessite une méthode, des principes et une compréhension globale de la discipline.

Cette citation est particulièrement éclairante face à certaines compréhensions actuelles. On entend parfois qu'il suffirait de prendre les textes, de les lire directement et d'en déduire soi-même les règles, comme si l'expertise des grands savants pouvait être contournée. Pourtant Ibn Wahb, lui-même immense savant, reconnaît que l'abondance de textes ne l'avait pas conduit à la maîtrise. Il avait besoin de Malik et de Layth pour savoir quoi retenir et comment comprendre.

C'est une leçon très actuelle. Avoir accès à des milliers de livres, de citations et de conférences ne fait pas automatiquement de quelqu'un un spécialiste. Accumuler des informations sans méthode peut même produire davantage de confusion.

La parole d'Ibn Wahb rappelle donc une réalité fondamentale : respecter les textes implique aussi de respecter la science qui permet de les comprendre. Prétendre remplacer l'expérience des grands savants par quelques lectures personnelles n'est pas nécessairement une preuve de fidélité à la tradition. Lorsque l'on ignore les outils forgés par les savants, on risque surtout de confondre accumulation de textes et véritable compréhension.